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Le scandale Modigliani de KEN FOLLETT

Posté par mandarineetcitronvert le 20 mars 2012

 

 

Le boulanger passa un doigt enfariné sur sa moustache et, bien malgré lui, ses poils noirs devenus gris lui donnèrent d’emblée dix années de plus. A la vue des baguettes fraîches et croustillantes réparties tout autour du magasin sur les étagères et les comptoirs, à l’odeur familière qui venait titiller agréablement ses narines, sa poitrine se bomba d’une fierté tranquille. C’était une nouvelle fournée, la seconde de la matinée. Les affaires marchaient bien, comme toujours quand il faisait beau. On pouvait compter sur le soleil pour attirer les Parisiennes hors de chez elles et les inciter à lui acheter un de ces pains délicieux.

Il regarda dans la rue, clignant des yeux à cause de la réverbération: une jolie fille traversait la chaussée.Il tendit l’oreille. De l’arrière boutique lui parvenait la voix de son épouse morigénant un employé. La litanie allait se prolonger plusieurs minutes, comme d’habitude. Se sachant en sécurité, il s’autorisa à détailler la jeune fille avec concupiscence. 

Sa légère robe d’été avait du lui coûter une fortune, pensa-t-il, sans se croire expert en la matière pourautant. Le bas, évasé, qui ondulait avec élégance et découvrait ses jambes fines jusqu’à mi-cuisses, permettant d’imaginer des dessous charmants. De les immaginer seulement, hélas.

Trop mince pour moi, décréta-t-il tandis que la jeune fille se dirigeait vers la boutique d’un pas assuré. Et de fait, sa poitrine à peine marquée ne tressautait pas au rythme de ses longues enjambées. Vingt années de mariage avec sa Jeanne-Marie n’avaient pas rassasié l’appétit du boulanger pour les poitrines généreuses. La fille entra et il put se convaincre que c’était loin d’être une beauté : un visage allongé, une bouche petite, des lèvres minces, les dents du haut un peu en avant. Une crinière blonde décolorée par le soleil, avec des mèches plus foncées en dessous. Elle prit un pain sur le comptoir, en carressa la croûte et hocha la tête avec satisfaction. 

Non, rien d’une beauté ! conclut le boulanger. Et en même temps tout à fait désirable.

Elle avait le teint rose et blanc, la peau douce et lisse, semblait-il. Mais ce qui en elle retenait surtout le regard, c’était son maintien : un maintien qui révélait l’assurance et la maîtrise de soi, qui indiquait au monde entier que cette fille n’en faisait toujours qu’à sa tête, sans se soucier du reste. Inutile de jouer avec les mots, se dit le boulanger. Ce qu’elle a, c’est qu’elle est sexy, voilà tout !

Il fléchit un peu les épaules pour décoller sa chemise de son dos trempé de sueur

- Fait chaud, hein !

Elle extirpa des pièces de monnaie de son sac et paya. Elle sourit à sa remarque et, subitement, devint belle.

- Le soleil ? J’adore.

Elle referma son sac et ouvrit la porte du magasin.

- Merci !

Elle remonta la bandoulière sur son épaule et sortit. Elle avait un très léger accent. Anglais, se plut à imaginer le boulanger. Mais peut-être que c’était juste une idée, parce que ça collait bien avec son teint. Il resta à fixer ses fesses pendant qu’elle traversait la rue, hypnotisé par le jeu des muscles sur le coton. Elle retournait probablement à l’appartement d’un musicien chevelu qui traînait encore au lit après une nuit de débauche. La voix aiguë de Jeanne-Marie brisa net ses rêveries. Sur un soupir montant du fond de sa gorge, le boulanger fit tomber les pièces dans son tiroir-caisse.  

 

 

 

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